13 mars 2024

Budget 2024 et logement : Québec refuse de regarder les signaux d’alarme

Le Réseau québécois des OSBL d’habitation (RQOH) de même que la Fédération régionale des OSBL d’habitation de la Montérégie et de l’Estrie déplorent que le gouvernement du Québec renonce, une fois de plus, à l’opportunité que constitue le budget pour s’attaquer sérieusement au manque de logements adéquats dans la province. En effet, à défaut de présenter de nouvelles mesures budgétaires importantes concernant le logement, le ministre Éric Girard s’est contenté de rappeler les investissements consentis dans la dernière année.

Le plan budgétaire 2024-2025 annonce 482,5 millions de dollars répartis sur quatre ans pour favoriser l’accès au logement, soit : 

  • 200,8 millions de dollars sur trois ans pour poursuivre l’aide au logement remis à certains locataires vulnérables à travers le programme Allocation-logement ; 
  • 219,4 millions de dollars sur quatre ans pour maintenir le parc de logements sociaux par le financement de la rénovation et le soutien à l’exploitation des habitations à loyer modique ; 
  • 62,3 millions de dollars sur trois ans pour adapter et favoriser le marché de l’habitation par différentes mesures : Programme d’adaptation de domicile, programme favorisant l’accession à la propriété dans la région du Nunavik, aide aux municipalités en prévision du 1er juillet ; 

« Aucun montant supplémentaire n’est mis à la disposition des développeurs de logements sociaux et communautaires, analyse le directeur général du RQOH, André Castonguay. Rien qui puisse nous permettre d’atteindre le déficit d’unités d’habitation identifié au Québec par la Société canadienne d’hypothèques et de logement pour revenir à une certaine forme d’abordabilité, soit près d’un million deux cent mille logements d’ici 2030. » 

Le RQOH a surveillé de près le dévoilement du budget pour savoir si les mesures accessibles et structurantes qu’il a proposées au ministre Girard pour renverser la vapeur avaient été retenues. Celles-ci incluaient (1) une cible de construction de logements sociaux et communautaires, (2) un soutien financier à l’acquisition de logements existants par le secteur à but non lucratif, (3) un soutien financier aux opérations d’organismes desservant des clientèles particulièrement délaissées, (4) un soutien financier pour alléger les organismes de la hausse des taux hypothécaires et (5), rehausser le financement du soutien communautaire en logement social et communautaire. Aucune de ces mesures ne se retrouve dans le budget dévoilé aujourd’hui. 

« La FROHME portait les mêmes revendications que le RQOH et il est particulièrement décevant qu’aucun nouvel investissement ne soit annoncé pour cibler la construction de logements sociaux et communautaires, pour financer les OSBL d’habitation aux prises avec la hausse des taux hypothécaires et pour accroître le faible budget en soutien communautaire dans les logements sociaux », de dire Ivelina Nikolova, la directrice générale de la FROHME. 

 

Pour les régions, mentionnons également que suivant les orientations de la déclaration de réciprocité signée entre l’État et les municipalités en décembre 2023, le budget alloue une somme de 50M$ pour maintenir et mettre en place des services de proximité au cœur des villes et villages en région. Une mesure qui, nous espérons, pourra encourager le développement du logement locatif abordable. 

Le RQOH accueille toutefois positivement certaines annonces concernant les résidences pour aînés, notamment en ce qui a trait à la prolongation des primes salariales versées au personnel soignant et au programme visant à réduire l’impact des hausses de primes d’assurance dans les RPA et les autres entités privées. 

« C’est un budget 2024-2025 fort décevant que dépose le ministre des Finances Éric Girard, au moment où le Québec traverse une des pires crises du logement de son histoire, estime André Castonguay. Tous les indicateurs sont au rouge : taux d’inoccupation excessivement bas, hausse généralisée des loyers, baisse des mises en chantier, pénurie de logements sociaux et communautaires, difficulté de maintenir le parc de logements abordables, fermeture de places en itinérance, rénovictions abusives, etc. On dirait un pilote d’avion qui refuse de voir ce que le tableau de bord lui signale. »